Allocution de M. Murat Julian Alder

Madame le Maire,
Madame, Monsieur les Conseillers administratifs,
Monsieur le Président du Conseil municipal,
Mesdames, Messieurs les Conseillers municipaux,
Messieurs les éminents membres de la Compagnie, chers amis Vieux-Grenadiers,
Mesdames, Messieurs, chers enfants,
Chers compatriotes,

En règle générale, les discours interminables débutent par les mots "je serai bref". Je vous les épargnerai. Je suis tenu par un devoir de concision auquel Madame le Maire d’état-major général Catherine PAHNKE m’a assigné ce jour et j’aimerais tout particulièrement la remercier de l’honneur qu’elle m’a réservé en m’accueillant ici. En effet, c’est non sans une émotion certaine que je célèbre avec vous ce 1er août, ici au Pré Byron, le Grütli colognote situé au bord du Lac de Genève, également appelé par certains citadins "le coin des amoureux de Cologny".

Ces dernières années, à plusieurs reprises, j’ai déjà eu le plaisir de participer à cette cérémonie aux côtés de mes frères de couleurs Zofingiens et de membres d’autres sociétés d’étudiants. Vous savez, ceux qui, là-haut, verre de bière ou de vin à la main, ont à coeur de chanter à pleins poumons pour célébrer cette journée si spéciale ? Certains, comme moi, avec les années, ont gagné en bedaine ce qu’ils ont perdu en cheveux, mais ils sont toujours là. Je sais que leur vie universitaire ne se résume pas à une simple soif de connaissances, alors qu’ils boivent à la santé de notre pays et de tous ceux qui le font vivre !

Que nous soyons Colognotes ou citoyens d’une autre commune du canton de Genève, que nous soyons Genevois ou Confédérés, que nos passeports soient assortis d’un fond rouge à croix blanche ou ornés d’autres armoiries, nous sommes tous réunis ici par le même sentiment patriotique et par la même volonté de renouveler, selon les termes du préambule de la Constitution fédérale, l’alliance du peuple et des cantons suisses "pour renforcer la liberté, la démocratie, l'indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d'ouverture au monde".

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, le romancier français Romain Gary écrivait les lignes suivantes, qui sont devenues célèbres et qui ont toujours autant de sens aujourd’hui : "le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres". Et dans le cas particulier de la Suisse, il est parfois bon de rappeler que les siens, souvent, c’est aussi les autres.

Parce que c’est en préservant la diversité linguistique et culturelle des différentes régions de notre pays que nous consoliderons l’unité de celui-ci.

Parce que c’est en montrant avec fierté et sans hésiter notre amour de la Patrie que nous réduirons à l’insignifiance les complexés de toutes sortes qui se ridiculisent à longueur d’année en niant l’existence de la Suisse et la portée de ses symboles.

Et parce que c’est en affirmant sans concession nos valeurs et en nous montrant aussi accueillants et bienveillants qu’exigeants en termes d’intégration que nous garderons la Suisse à l’abri du communautarisme et des conflits interethniques qui menacent d’autres pays européens.

Une belle illustration de ce qui représente ce patriotisme ouvert n’est autre que notre armée. Nos unités et nos corps de troupe, de même que nos états-majors, peuvent de plus en plus compter sur la capacité d’hommes et de femmes issus de toute la diversité qui fait la richesse de la société suisse à s’engager avec la même motivation, sous le même uniforme, au service du même pays et de la même population.

Quelles que soient nos origines, notre couleur de peau, nos convictions politiques et religieuses, soyons fiers, Mesdames et Messieurs, d’être Suisses.

Je vous souhaite une très belle fête nationale.

Vive la Compagnie des Vieux-Grenadiers, Vive Cologny, vive Genève, et surtout, vive la Suisse !