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Allocution de Monsieur Pierre-Yves Vallon, Maire de Cologny,
prononcée le 1er août 2010 au pré Byron
Les origines
Chères concitoyennes,
Chers concitoyens,
Ce soir, nous célébrons un anniversaire, celui de la naissance de notre pays. Un anniversaire qui nous permet de survoler, à grands traits, le chemin parcouru avec succès par notre communauté nationale depuis le XIIIe siècle. Il est vrai qu’il a fallu un peu de temps aux générations qui nous ont précédés pour réunir les pièces du puzzle helvétique. Pas moins de 700 ans, en effet ! Mais c’est aussi à ce prix que l’édifice est devenu durable.
En cette soirée de Fête nationale, nous aimons à nous rappeler que ce sont quelques petites communautés montagnardes qui ont eu l’idée et le courage de prendre l’initiative de ce qui allait devenir un pays tout entier. Bien sûr, nous faisons référence ici à l’un des actes fondateurs de la Confédération, le fameux Pacte de 1291.
En cette fin de XIIIe siècle, la société médiévale se transforme, les structures féodales auront bientôt vécu. L’heure est maintenant aux communes naissantes qui vont devenir, jusqu’à nos jours, des actrices majeures de la vie politique et économique. Et c’est le moment où quelques centaines de paysans et quelques familles influentes du centre de la Suisse actuelle, prennent l’initiative de mettre de l’ordre dans leurs affaires et d’oser affirmer, face aux Puissances qui les entourent, des prérogatives qui leur permettront de mieux exister ! Et cette alliance fut une réussite et elle a duré !
Malgré la rareté des documents d’époque, certains historiens s’accordent à penser que le Pacte de 1291, qui, d’ailleurs, fut égaré puis retrouvé vers la fin du XVIIIe siècle, ne fut pas seulement un acte de défense et de revendications à l’égard des Puissances étrangères ; il fut aussi, un instrument de mise en ordre intérieure et de garantie de paix publique entre les communautés d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald, où querelles et rixes étaient chose courante.
Comme on le sait, le Pacte contenait des principes et des dispositions d’exécution très précis : les Waldstaetten juraient de se prêter assistance aussi bien en cas de violences intérieures que pour celles venant du dehors, ils excluaient l’intervention de juges étrangers pour régler leurs disputes internes. Une telle convention non seulement resserrait les liens entre habitants, mais portait déjà en elle le germe de la volonté d’indépendance de la Suisse. Il est généralement admis qu’un premier pacte précéda, de quelques années, celui de 1291. Mais il ne fut jamais retrouvé.
Au lendemain de la victoire des Waldstaetten sur les chevaliers autrichiens à la célèbre bataille de Morgarten, un nouveau pacte, celui du Brunnen de 1315, confirma les dispositions contenues dans celui de 1291. De plus, une nouvelle clause fut introduite, interdisant les alliances séparées. Cet engagement fut d’une importance capitale, car elle préserva l’unité des Waldstaetten.
Une Suisse non idyllique…
Mais il serait illusoire d’imaginer que ce survol de l’aventure helvétique puisse être le reflet fidèle d’une Suisse idyllique à travers les siècles.
Bien évidemment, la Suisse naissante, puis la Suisse prenant forme ont connu de nombreuses périodes douloureuses ou difficiles. Au cœur de l’Europe, elles ne pouvaient pas échapper aux troubles sévissant dans les pays proches, mettant souvent cette partie du monde à feu et à sang.
Les noms des grandes batailles que livrèrent les Suisses dans toute l’Europe sonnent à nos oreilles comme autant de victoires ou de défaites, mais aussi de souffrances que l’on ne peut que deviner aujourd’hui. La Suisse fut, en fait, intimement liée aux destinées de l’Europe.
Le XIVe siècle fut une période terrible pour l’ensemble du continent. La peste fit des ravages monstrueux. Des troubles de toutes sortes jalonnèrent le quotidien de plusieurs cantons.
Puis, un événement majeur, la Réforme, allait, au XVIe siècle, conduire les Suisses aux limites de la rupture de l’unité nationale. Les divisions confessionnelles ont empoisonné leurs relations pendant longtemps. Plus tard, dans l’affrontement du Sonderbund entre cantons protestants et cantons catholiques, on frôla la guerre civile que le général genevois Dufour parvint à éviter de justesse.
La Révolution industrielle du XIXe siècle fut une période de créativité et de progrès technique. Mais les conditions de vie d’une grande partie de la population étaient alors extraordinairement difficiles. Paupérisation et maladie constituaient autant d’inquiétudes et de souffrances pour des milliers de familles.
Dès la fin de l’Ancien Régime et le début du XIXe siècle, la Suisse change. Avec la Constitution de 1848, elle devient un Etat moderne, relativement proche du pays que nous connaissons aujourd’hui.
Les valeurs acquises
Durant toutes ces années, la Suisse compta plusieurs grands hommes. Mais, contrairement à l’évolution dans d’autres pays, c’est par la volonté populaire que le pays se construisait par étapes et non sous l’influence de décisions étatiques ou monarchiques autoritaires.
C’est au cours de ces siècles que les Suisses forgèrent, dans leurs contacts mutuels quotidiens, des valeurs qui sont encore les nôtres.
Ils firent une priorité de l’indépendance du pays, ils apprirent le respect des minorités, ils comprirent la nécessité du consensus pour sortir des conflits. La Suisse a su cultiver la vie culturelle et associative d’une intensité sans commune mesure avec la dimension du pays.
Carrefour de rencontres, elle fut aussi une terre d’accueil et de refuge au sein de laquelle de nombreux exilés surent contribuer à la rendre plus prospère. Son adhésion récente à l’Organisation des Nations Unies, et en particulier, son rôle dans la réforme du Conseil des droits de l’homme, sont autant de signes de son ouverture au monde.
L’avenir
Faire un bilan et juger de la qualité d’un parcours, ce n’est pas encore assurer l’avenir ! Nous avons donc à nous demander comment notre pays va poursuivre sa route et à nous convaincre que nous en aurons la responsabilité. L’ampleur de l’inventaire des problèmes que nous aurons à résoudre est soit décourageante, soit stimulante, mais en tous cas impressionnante.
Il nous faudra préserver les acquis. Ensuite, résoudre les problèmes nouveaux : nos problèmes et ceux du monde qui sont aussi les nôtres. Et ce ne sera pas très simple… Car non seulement notre monde change, mais il vit actuellement de grands moments d’errance et d’incertitude.
S’agissant des acquis, nous voulons maintenir le modèle qui nous valut stabilité, prospérité, relations sociales harmonieuses, qualité de vie enviable. Nous voulons que notre économie demeure forte, que perdurent nos traditions d’éducation et de formation parmi les meilleures, que nos activités culturelles restent vivantes. Nous devrons veiller à la poursuite de l’innovation technologique.
Mais des problèmes nouveaux surgissent !
Le vieillissement de notre population et la gestion de la sécurité sociale, les coûts de la santé, la saturation de la motorisation, les approvisionnements en énergies et leurs utilisations, l’occupation de nos sols, l’offre insuffisante de logements dans nos villes, l’ordre public et la sécurité urbaine, l’avenir des activités bancaires sur le plan international, notre politique à l’égard de l’Union européenne, pour ne citer que quelques questions primordiales.
Et puis, nous sommes totalement concernés par les enjeux mondiaux.
Dans l’immédiat, il nous faut sortir de la crise ! Ensuite, prendre à bras le corps le développement durable, les choix écologiques, l’évolution climatique planétaire, les menaces et les actes de terrorisme, les migrations des populations les plus démunies vers les pays riches, la paupérisation et la faim, fléaux touchant une proportion inacceptable de la population mondiale.
On réalise facilement que pour maîtriser de tels défis, il nous faudra au moins deux qualités : de la créativité et du courage.
Prenons le pari d’en avoir autant que celles et ceux qui ont fait la Suisse jusqu’à nos jours !
Vive la Suisse, vive Cologny !
Pierre-Yves Vallon,
Maire

Allocution de Dominique Louis,
chef du protocole adjoint de la République et canton de Genève,
prononcée le 1er août 2010 au pré Byron à Cologny
"Fertiliser le passé et produire l'avenir, tel est pour moi le présent." J'ai cité le philosophe allemand Friedrich NIETSCHE.
Notre cher Pays, tel qu'il est aujourd'hui, peut nous apparaître parfois comme un chaudron dans lequel cuit un pot au feu où l’on jette pêle-mêle :
C'est l'occasion, en ce soir de Fête nationale, de reconnaître humblement que, malgré ce trop rapide constat, notre cher Pays est celui qui s'en sort le mieux parmi tous les États occidentaux.
C'est l'instant privilégié de réaliser, ensemble, que notre Pays est notre chance en général et que Genève l'exprime fort bien en particulier.
En effet, l'amitié qui unit notre République et canton à la Suisse se mérite et se cultive. Genève nourrit des sentiments d'amitié pour la Confédération depuis le début du XIXe siècle déjà et, 200 ans plus tard, c'est une réalité au quotidien. Genève a besoin de la Suisse comme, cela est certain, la Suisse a besoin de Genève.
D'une part, notre canton est conscient de son attachement à l'Etat fédéral, son allié fidèle pour sa monnaie unique, pour son réseau ferroviaire le plus dense du monde, pour ses hautes écoles polytechniques, pour son armée de milice, véritable ciment national, pour sa beauté tout simplement.
D'autre part, la Suisse a besoin de Genève en tant que porte-drapeau de paix, symbole de sa rayonnante présence dans le monde, donc besoin de notre plein engagement actif et constructif, que nous soyons citoyens ou habitants de cette République.
Genève, je le disais il y a un instant, est une chance incomparable pour notre Pays, la Genève internationale en particulier, en tant que capitale mondiale de la conscience humanitaire.
Réunis tous ensemble face à la rive droite de notre lac et en contact direct avec les organisations internationales ayant siège chez nous, prenons simplement conscience, mais humblement, des talents de Genève.
Afin d'évoquer ces talents au travers d'une image qui me revient souvent à l'esprit depuis longtemps et qui me tient à coeur, je vous propose de partager avec moi l'instant d'un voyage.
Il y a 41 ans, l'Homme foulait pour la première fois le sol de la Lune. Ce soir, c'est à notre tour de nous y rendre afin de contempler un magnifique lever de Terre depuis notre satellite naturel. Les conditions météorologiques étant excellentes, nous distinguons nettement tout le continent européen dont la botte italienne est chapeautée d'un élégant arc blanc, les Alpes. Nous ne pouvons dès lors pas résister à l'envie d'utiliser les jumelles de qualité dont nous sommes bien entendu équipés. Nous apercevons alors sur la gauche de l'arc blanc un arc bleu : mais oui, c'est notre lac. Saisis d'intenses émotions, nous réalisons tous ensemble que Genève ceinture son extrémité ouest.
Oui, Genève : cette pièce du puzzle helvétique où vit seulement moins d'un demi- million d'habitants mais où, pourtant, au niveau mondial, on y traite tous les jours :
de la santé, du travail, du commerce, des télécommunications, de la météorologie, de la propriété intellectuelle, du désarmement, des réfugiés, des migrations, de la torture, des droits de l'Homme, pour ne citer que quelques unes des 22 organisations internationales gouvernementales ayant siège à Genève, à quoi il faut ajouter environ 250 organisations non gouvernementales.
Cette chance de Genève, c'est aussi notre talent qui, à l'instar de l'amitié, se mérite et se cultive.Cette chance, nous pouvons en être reconnaissants, ce qui nous conduit tout naturellement à la conscientiser pour en devenir responsable.
Cette forte perception collective est une véritable valeur ajoutée qui ne peut que générer la redistribution de cette richesse. Et cette richesse a une valeur non pas pour ce qu'elle représente mais bien plutôt pour ce qu'elle signifie.
Pour ne pas être vide de sens, la liberté du Peuple suisse, notre liberté , doit être une réalité vécue et sans cesse partagée dans la pratique de la démocratie portée par un esprit élevé de justice et de solidarité.
Je nous souhaite de nous donner des projets qui nous grandissent, des projets qui tendent notre vie vers le haut, des projets qui nous conduisent à choisir le sommet plutôt que le précipice. Des projets généreux qui rendent la vie généreuse et qui nous permettent de nous déployer et de nous élever.
Cette attitude intérieure est un devoir certes, mais oh combien exaltant : il nous incombe tout simplement.
Ma conviction est que la Paix n'attend pas d'arriver, mais qu'il est nécessaire de la développer. La Suisse y contribue puissamment depuis toujours.
Ensemble, rendons hommage à notre cher Pays, de même qu'à celles et ceux qui l'ont fait avant nous.
Vive la commune de Cologny
Vive la République et canton de Genève
Vive la Suisse
Dominique Louis,
chef du protocole adjoint de la République et canton de Genève